Art Mûr
du 12 septembre au 31 octobre 2026
Codirecteurs: Rhéal Olivier Lanthier & François St-Jacques
5826, rue St-Hubert, Montréal, QC, H2S 2L7
514.933.0711
Exposition :
It Was a Dark and Stormy Night — C’était une nuit sombre et orageuse
Brigitte Radecki
Brigitte Radecki: Uncovering Hope (Devoiler l'espoir), 2025 acrylique sur toile / acrylic on canvas 152 x 152 cm
C’était une nuit sombre et orageuse
Exposition individuelle de Brigitte Radecki
Texte par Élie Dimijian
C’était une nuit sombre et orageuse, de l’artiste visuelle Brigitte Radecki, émerge d’une œuvre artistique complexe et diverse. Au cours de sa carrière, Radecki est à l’origine de structures environnementales imposantes, englobant et questionnant l’espace muséologique (Colonnes de Sables, 1983). Elle s’est ensuite tournée vers une polyphonie intertextuelle, alliant des références visuelles iconiques du modernisme pictural à un roman tout aussi iconique (Miss Lonelyhearts, 1998).
Radecki s’est souvent autodéfinie contre l’interprétation linéaire de l’objet d’art, la course à la nomenclature de l’originalité artistique et la tension entre l’esthétique, l’artistique et le décoratif. Elle s’ancre néanmoins dans une perspective féministe et postmoderne. Le hasard, l’abstraction, la multiplicité interprétative et la capacité décorative de l’art font partie de cette perspective qui jalonne son parcours.
C’était une nuit sombre et orageuse est la seconde exposition du volet Fold Repeat (2025). Cette série prend comme modus operandi des outils tels que la chance, le choix et l’improvisation. Radecki commence par plier des papiers colorés selon un jeu de hasard. Elle sélectionne ensuite, parmi un grand nombre de papiers pliés, ceux qui lui semblent porteurs d’un potentiel. Elle les photographie, devenant ainsi médiatrice de tensions entre l’image photographique et son objet réel, le géométrique, le numérique et la lumière naturelle, ainsi qu’entre les capacités du rendu numérique des couleurs et des plis et leur traduction picturale. Enfin, ses capacités et son interprétation se transposent en peinture acrylique, appliquée en aplats, afin de préserver l’impulsion du hasard qui a guidé la sélection initiale de l’image.
Avec les œuvres peintes, le processus créatif ne s’arrête pas. Un sens propre à l’artiste émerge d’un tableau à l’autre, dessinant une sorte d’arche narrative et de pensée associative. La conversation visuelle a lieu entre les œuvres, mais aussi à l’intérieur de chacune d’elles, notamment à travers les titres qui leur sont donnés. En Flammes 25, Glissement de terrain, C’était une nuit sombre et orageuse, La serre et Rose du désert participent à un univers de références littéraires et personnelles. Le champ lexical du monde naturel y apparaît néanmoins, avec les affres et la sensualité qui peuvent s’en dégager ou y entrer en collision. La rencontre entre certains verbes aux tendances violentes, l’évocation de structures ou d’objets naturels, des élans d’espoir et de corporéalité, ainsi que les écarts de sens qui peuvent exister entre eux, créent un univers dont un·e interprète pourrait tirer une nouvelle.
C’était une nuit sombre et orageuse propose un espace où l’ordre et le hasard, le décoratif et le conceptuel, l’intime et le culturel demeurent en tension. Les regardeur·euses sont amené·es à compléter les relations entre les tableaux, à y projeter leurs propres associations et à participer au jeu de sélection et d’interprétation qui fonde la série. Ces quelques arrêts nous permettent d’aborder l’exposition avec un contexte de connaissance plus riche, puisque, dans l’éthos de Brigitte Radecki, l’interprétation et la réception de l’œuvre participent à sa création.