Galerie d'art Stewart Hall
du 13 septembre 2026 au 11 novembre 2026
Responsable des expositions : Manel Benchabane
176, chemin du Bord-du-Lac-Lakeshore, Pointe-Claire, QC H9S 4J7
514.630.1254 ex 1778
Exposition :
L’inénarrable compromission : atelier 101 / The Unspeakable Compromise Studio 101
Maude Deslauriers, Karine Fréchette, Zoe Koke, CP Simonise, Jessica Wee, Jinny Yu
Commissaire : eunice bélidor
Maude Deslauriers: Eau vive, 2026 huile, flashe sur lin marouflé sur panneau de bois / oil and gouache on linen mounted on a wooden panel 127 x 96.5 cm
Karine Fréchette: Vanité 3 (lys et gerberas), 2024 acrylique sur toile / acrylic on canvas 122 x 106.7 cm
Zoe Koke: Rainbow, 2025 acrylique sur toile / acrylic on canvas 101.6 x 101.6 cm
Carl-Philippe Simonise: Saint-Germain, 2022 acrylique et pastel sur toile / acrylic and pastel on canvas 91.44 x 81.3 cm
Jessica Wee: Bojagi Revealing, 2026 huile sur toile / oil on canvas 101.6 x 63.5 cm
Jinny Yu: Inextricably Ours 25-01, 2025 huile sur aluminium / oil on aluminum 152.4 x 139.7 cm
L’Atelier 101 est la première exposition de cette édition et se déroule à la Galerie d’art Stewart-Hall de Pointe-Claire. Située au troisième étage de l’ancienne maison du clan écossais MacLean qui a été conçue par l’architecte écossais Robert Finlay, la galerie est un lieu propice pour mettre en avant les différents moyens de perception des couleurs, les dispositifs de visualisation et de distorsion visuelles, et les éléments naturels et artificiels qui influencent notre regard. Le toit mansardé, les fenêtres ayant vue sur le lac Saint-Louis, le mur de briques et les poutres de bois sont des caractéristiques intéressantes pour les artistes exposées dont la peinture s’entremêle au monde naturel et scientifique, ainsi qu’à la vie politique. Pour réaliser ses peintures, Karine Fréchette utilise des outils optiques tels que des lentilles, des miroirs convexes ou du Mylar réfléchissant afin d’introduire des distorsions visuelles. Dans sa série Vanités, elle réfléchit à la représentation du vivant, ici les fleurs, à travers un flux constant d’images et de sons tirés de l’internet 2.0. Cet intérêt pour les ondes lumineuses émanant des écrans confère à sa peinture une charge et une palette électriques. Lors d’une visite d’atelier, Fréchette m’avouait préférer travailler le soir et la nuit sous une lumière au néon qui permet une exactitude dans la perception des couleurs, contrairement à ce que fait la variation de la lumière naturelle du jour. L’utilisation d’outils de perception trouve également écho dans le travail de Maude Deslauriers. Lors de notre dernière visite d’atelier, elle me parlait de sa lecture de la thèse de Hockney-Falco (1999 et 2000), une théorie affirmant que les avancées dans le naturalisme et l’exactitude de la représentation des dessins botaniques sont dues à l’utilisation de technologies optiques telles que la camera obscura et la camera lucida, et à des miroirs convexes. Elle s’intéresse également à la manière dont les pollinisateurs perçoivent les couleurs des fleurs; sa pratique porte sur le point de rencontre entre le corps, la conscience et le monde naturel. Deslauriers a d’ailleurs vécu de nombreux déménagements d’ateliers depuis que nous réfléchissons à Pictura ensemble : de la rue Chabanel à l’avenue Casgrain puis au quartier Villeray, la notion de l’atelier comme lieu personnel de création a été chamboulée plus d’une fois.
Dans le cas de ces artistes, l’atelier est un laboratoire de recherche, un espace où elles peuvent se permettre d’avoir une pratique alliée à une recherche scientifique. Carl-Philippe Simonise, elle, a été nomade d’atelier depuis qu’on se connaît. Elle a pu développer un travail de peinture rigoureux et abondant lorsqu’elle était à la Fonderie Darling pour quelques mois durant la préparation de l’exposition Black Summer ’91, et a pu sous-louer l’atelier de Manuel Mathieu lorsque celui-ci était en résidence. Son travail prend souvent inspiration du lieu où il se crée; il est toutefois perméable à son regard photographique et cinématographique, pratiques qu’elle exerçait avant de peindre de manière expressionniste abstraite comme elle le fait depuis une dizaine d’années. La peinture de Jessica Wee et Jinny Yu porte sur différentes façons de naviguer entre cultures et lieux. Le travail de Wee intègre à sa propre expérience des références à l’histoire de l’art, des éléments fantastiques, ainsi que tirés de l’architecture vernaculaire provenant de ses différents milieux de vie. Des composantes ludiques et espiègles sont intégrées à des scènes de genre inspirées de sa vie quotidienne. Yu, quant à elle, s’intéresse au monde qui l’entoure en jouant à la fois les rôles de l’invité et de l’hôte. L’intégration de son travail à l’architecture de Stewart Hall facilite cette dualité : nous entrons dans son espace de travail et l’artiste est accueillie par la Galerie. Dans les ateliers de Wee et Yu, les références ou rôles qui semblent binaires et distincts s’amalgament sans difficulté. Finalement, la démarche de Zoe Koke lie merveilleusement bien les pratiques de ces artistes : son travail aborde le paysage et la matérialité comme des lieux de projection psychique où le monde naturel devient un véhicule vers la vie intérieure. Maintenant basée à Los Angeles, Koke présente une peinture de paysage dérivée des feux dévastateurs qui ont eu lieu en Californie en 2025. La Galerie d’art Stewart Hall ouvre grand la porte d’un atelier où le regard des artistes est magnifié par des outils technologiques, naturels et sociétaux, un atelier qui les protège, les influence, mais qui les autorise aussi à jouer avec des champs d’intérêts multiples.
par eunice bélidor